Un nom hérité des colons vikings, « les Danois », , le souvenir du tabac sous Louis XIV, et un jardin peint par Pissarro chez Octave Mirbeau : mille ans d’histoire au bord de l’Eure.

L’histoire des Damps tient dans son nom : « les Dans », c’est-à-dire les Danois, les colons scandinaves installés sur cette rive de l’Eure il y a plus de mille ans. Village de pêcheurs des abbayes normandes, village du tabac sous Louis XIV, puis villégiature d’artistes à la Belle Époque : Octave Mirbeau y écrivit, Camille Pissarro y peignit. Récit d’un village discret au pedigree étonnant.
- « Les Danois » de la confluence
- Le village des abbayes
- 1681 : le tabac de Louis XIV
- Mirbeau, Pissarro et le jardin peint
- Le patrimoine bâti
- Ce que ce passé dit du cadre
- Questions fréquentes
« Les Danois » de la confluence
Le nom du village vient du latin médiéval Dani, « les Danois », , devenu « les Dans » en ancien français : la trace directe d’une installation de colons scandinaves sur la rive de l’Eure, près de la confluence avec la Seine. Les historiens du village rattachent au lieu une mention de la fin du Xe siècle, qui le situe près d’« Archas », c’est-à-dire Pont-de-l’Arche. Onze siècles plus tard, le lien n’a pas changé : Les Damps et Pont-de-l’Arche vivent toujours côte à côte.
Le village des abbayes
Au XIe siècle, Les Damps est un village de pêcheurs qui intéresse les abbayes : vers 1020, selon les chartes ducales, Richard II donne aux moines de Saint-Père de Chartres deux filets de pêche au « port des Dancs ». L’Eure nourrissait le village, poisson, bois flotté, passage, et les moines veillaient sur la rente. Cette vocation fluviale se lit encore dans le rapport intime du village à sa rivière.
1681 : le tabac de Louis XIV
Épisode singulier, rapporté par l’histoire locale : l’ordonnance royale de 1681 aurait compté Les Damps parmi les terroirs autorisés à cultiver le tabac, un privilège étroitement contrôlé, le tabac étant alors un monopole d’État naissant. Le village s’illustre dans cette culture exigeante au XVIIe siècle, comme quelques terroirs privilégiés de la vallée. Des Danois au tabac du Roi-Soleil, la petite commune aura décidément traversé la grande histoire par des chemins inattendus.
Mirbeau, Pissarro et le jardin peint
La Belle Époque fait des Damps une villégiature d’artistes. L’écrivain Octave Mirbeau, romancier, critique d’art redouté, l’un des premiers défenseurs de Van Gogh, s’installe en août 1889 dans la maison « Les Cèdres » et y vit jusqu’à l’hiver 1893, recevant notamment Claude Monet et Auguste Rodin. En septembre 1892, son ami Camille Pissarro séjourne chez lui et peint quatre grandes vues du jardin, dont « Jardin et poulailler chez Octave Mirbeau, Les Damps », aujourd’hui au Museum Barberini de Potsdam.
Le patrimoine bâti
Le patrimoine des Damps est celui d’un village discret : la chapelle Saint-Pierre (1852), posée sur la route de l’Eure face à la rivière ; la maison ancienne dite « la Dame Blanche », rue des Carrières, que l’Inventaire général date, avec prudence, du XVIe siècle ; la ferme de la Côte, du XVIIe siècle ; et le souvenir du manoir de Maresdans, mentionné dès le XIIIe siècle et possession de l’abbaye de Bonport toute proche. Rien de spectaculaire, tout d’authentique : un bâti de bord de rivière, patiemment entretenu, qui fait le caractère du village.
Ce que ce passé dit du cadre
Colons danois, pêcheries d’abbayes, tabac royal, jardins peints : l’histoire des Damps est celle d’un bord d’eau remarqué à chaque époque par ceux qui savaient regarder, moines, intendants, artistes. Aujourd’hui encore, la lumière de la vallée, les jardins qui descendent vers l’Eure et le calme du village font le cadre de la confluence, à découvrir aussi côté nature et loisirs aux Damps.
Sources
- Nom du village (Dani, « les Danois ») : commune des Damps ; filets de pêche donnés vers 1020 : Wikipédia (d’après les chartes).
- Octave Mirbeau aux Damps (août 1889 - hiver 1893, maison « Les Cèdres ») : Société Octave Mirbeau ; premier article sur Van Gogh (A. Aurier, janvier 1890) : Van Gogh Museum, lettres.
- Pissarro aux Damps (septembre 1892, quatre vues du jardin) : Museum Barberini.
- Chapelle (1852), maison rue des Carrières, ferme de la Côte, manoir de Maresdans : Inventaire, Inventaire, Inventaire, Inventaire.

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